We Love, we Cannes : Le journal de bord d'une cannoise d'adoption.


Dimanche 18 mai.

Je m'envole pour Nice. L'arrivée est prévue pour 15h et quelques. L'avion bouge, j'ai le vertige, Noir Désir et d'autres mélodies tournent à fond dans mon iPod pour calmer mon subconscient légèrement paniqué par cette altitude non familière.
L'avion touche le sol. C'est bon, je suis vivante. A l'aéroport, nous sommes dirigés au mauvais endroit pour récupérer nos bagages. Les miens sont d'ailleurs les derniers à sortir sur le tapis roulant. Déjà, je sens que la chance est de mon côté... Le directeur du CRIJ côte d'azur m'accueille. Il est chargé de m'emmener jusqu'à l'hôtel à Cannes. Il est accompagné d'une fille. J'apprendrai par la suite qu'elle s'appelle Milena et qu'elle vient de Sofia, en Bulgarie. De suite, je remarque son grand sourire et la sympathie, la gentillesse même, qui émanent de cette fille brune à frange comme moi. Elle est comédienne. Nous essayons de discuter durant le trajet et d'apprendre des choses sur l'autre. La barrière de la langue n'est pas évidente à franchir. Son français est hésitant mais mon bulgare est inexistant, alors...
Arrivée à l'hôtel. Quelques personnes sont déjà dans le hall, écoutant les instructions d'Olivier et de Mana, les deux personnes chargées de nous encadrer. La première m'apparaît sympathique, la seconde beaucoup moins. Là, je fais la connaissance de celle qui partagera ma chambre. Elena, venue tout droit d'Helsinki, en Finlande. Ca fait pas mal d'horizons tout ça. Nous serons quatre dans cette dernière : elle, moi, Emilie venue de Guadeloupe (?) et Marlène, de Lille. J'ai eu beau partagé la même salle de bain, elles ne firent pas forcément partie des personnes que j'ai le plus fréquenté durant ce séjour.
Parlons un peu de cinéma, quand même. Nous sommes là pour ça. Le premier film qu'il m'a été donné de voir fut un film d'horreur. "Résidence Maeva, ou la chambre maudite." La particularité de ce long-métrage est qu'il a duré six nuits et qu'il était réaliste. En effet, la chambre était étroite et avait une propreté douteuse. Ce fut un cauchemar pour la maniaque que je suis. Mais il fallait bien faire avec.
J'ai fait la connaissance de David, avec lequel j'avais déjà parlé par mail auparavant. Il aime les restos comme moi. Quel beau et important point commun. Le dîner du dimanche soir a été l'occasion de se lamenter sur nos chambres respectives. Pas de film vu ce soir-là. Deux jours après, j'allais constater que le nouveau de Wong Kar-Wai, Ashes of time redux, avait été projeté le dimanche soir, et que ce dernier était venu à la fin. Tant pis.


Lundi 19 mai.

Première rencontre professionnelle à 10h30. Christophe Rossignon, producteur entre autres de Je vais bien, ne t'en fais pas de Philippe Lioret ou de La haine de Mathieu Kassovitz. Manquant la navette et le bus, nous manquons également de nous faire jeter par cette chère Mana. Nous trouvons un taxi in extremis et arrivons avec un quart d'heure de retard environ. Même si ce métier ne fait pas partie de mes perspectives ou de mes aspirations professionnelles, ce fut intéressant. L'homme a son franc-parler et est un écolo converti...
La faim me tiraille. Direction la Croisette et ses badauds. Cette promenade a cela d'étrange qu'elle fait côtoyer les smicards et les milliardaires. Les limousines passent devant les clochards assis devant la vitrine du magasin Chanel. Le festival de Cannes, ou les paradoxes poussés à leur paroxysme, (à mes souhaits).
Arrivée au Noga Beach, le restaurant du Noga Hilton sur la plage. Notre simple badge nous fait accéder au monde merveilleux de la jet-set. Car Cannes, ce n'est pas seulement Deneuve, Polanski, Scorsese, Eastwood. C'est aussi l'endroit idéal pour les parasites daignant obtenir leur fameux quart d'heure de gloire. La phrase de ce cher Andy n'est pas tombé dans les oreilles des sourds, mais dans celles des piques-assiettes. Il faut être vu à Cannes. Il faut que l'on vous remarque à Cannes. La transparence n'a pas lieu d'être. Je mange à côté de Nancy of Caméra Café et en face de Samuel Le Bihan, je croise Olivier Dahan ou encore Bernard Montiel. Que de pointures.
L'hôtel Martinez. 19h ou 20h. Je suis devant ce palace et je me demande si je ne vais pas me faire gentiment remballée par les vigiles. Je passe finalement sans problème. Et là, j'entre dans un autre monde. C'est fou comme les gens ont l'air de suite plus gentils et bienveillants à ton égard. Je commande alors un cocktail fruité à dix euros - à ce prix là, ils peuvent se montrer polis - servi avec des petits fours. Je pénètre le milieu luxueux de Cannes. N'oublies pas qu'à côté du palace, dorment des clochards sur un carton humide.
Dîner vers 22h. Retour laborieux au palace Maeva vers minuit et demies. La file attendant un taxi est impressionnante. Je me demande même si je ne ferai pas mieux de passer la nuit là. Au moins, je serai sur place pour demain matin.


Mardi 20 mai.

J'ai compris la leçon. J'arrive donc à l'heure, et même en avance, pour cette deuxième rencontre pro. Mais l'invité prévu (un ingénieur du son) est absent, ce qui fait que son remplaçant arrive environ vingt minutes après. J'aurais pu alors arriver une nouvelle fois en retard... A la place, ce fut donc Brigitte Faure, directrice de production, qui nous parla (vaguement ?) des différents métiers du cinéma. Intéressant ? Oui. Enrichissant ? Sûrement...
12h30. Fin de la rencontre. J'obtiens une invitation pour la projection officielle de La mujer sin cabeza, dans la salle Louis Lumière, pour le lendemain. Je fonce au Palais des festivals, qui se trouve juste à des centaines de mètres voire un km de la Maison des Associations dans laquelle se déroulent ces fameuses rencontres, afin de voir Le silence de Lorna, le nouveau film des frères Dardenne. J'en ai pour plus d'une heure d'attente sous un soleil accablant et une chaleur qui commençait à l'être tout autant.
Je ne sais pas vraiment quoi penser de ce film. J'ai aimé son scénario car on ne soupçonne pratiquement jamais ce qui va se passer par la suite, ainsi que l'interprétation de Jérémie Rénier. Mais quelque chose m'a déplu, bien que je ne saurai dire quoi exactement. La fin ? L'actrice jouant le rôle de Lorna ? Je ne sais pas. Ce film me laisse donc un certain goût d'inachevé.
Il est maintenant 16h. J'avale un opéra de chez Lenôtre en quatrième vitesse. Mais à 7,50 euros la pâtisserie, on essaie de la savourer un minimum...
17h. Projection des courts métrages faits par certains des 59 autres membres à la Maison des Logis des Jeunes de Provence. En entrant dans la salle, je constate que cette dernière est aussi clean que ma chambre. Ce fut très bien. Il y a évidemment des courts que j'ai plus aimé que d'autres, comme celui qui faisait le parallèle entre le cinéma et le train. C'est assez bizarre aussi de se dire que le mec que tu vois manger sa tartine tranquillement chaque matin, joue un junkie dans le film...
Retour au Martinez. Je commence à y avoir mes habitudes. Autre cocktail, tout aussi divin. Je croise Kad Merad et Patrick Bosso à l'entrée, ainsi que le fils d'un chanteur des années yéyé... aux toilettes pour fille. La rencontre avec Sean Penn ne sera pas pour tout de suite... On court ensuite jusqu'au Majestic Barrière (situé à l'opposé du Martinez) car il paraîtrait que Jude Law y serait.
22h, en bas des marches. J'aperçois Angelina Jolie, (fidèle à son patronyme), Brad Pitt et Clint Eastwood qui descendent ces dernières. Dîner. Taxi. Morphée arrive vers une heure du matin et me plonge dans un profond sommeil.


Mercredi 21 mai.

Le jour où j'ai vu le plus de films, puisqu'ils étaient au nombre de trois. Tout d'abord, rencontre pro avec Philippe Reilhac, directeur de festivals. Je crois que ce fut la rencontre la plus soporifique qui soit. La fatigue se fait déjà bien (res)sentir. L'auditoire n'avait pas vraiment l'air captivé par ses propos. Et pour ma part, j'écoutais sans écouter.
16h. Projection de La mujer sin cabeza de Lucrecia Martel. Auparavant, j'étais retournée à l'hôtel afin de me mettre en robe. Et j'ai bien failli ne jamais arriver à temps. Trouver un taxi dans le secteur de l'hôtel relevait de l'exploit ou du miracle. La tenue de soirée était en effet exigée lors des projections officielles. Assez bizarre et atypique de se retrouver en un tel accoutrement en plein jour. Je sens le regard de quelques badauds agglutinés derrière les barrières. Eux aussi ne doivent pas comprendre pourquoi une fille déambule sur la Croisette en robe du soir, escarpins et petite pochette en velours.
Ce fut le pire film que j'ai vu. Un pouvoir soporifique sans nom. Je n'ai pas eu le temps de mesurer la chance, le privilège d'avoir une invitation. Et je crois bien que c'est une des rares fois où j'ai fait quelques microsiestes dans une salle de cinéma. Aucune action. 1h40 de vide total et d'ennui profond. La femme croyait qu'elle avait tué quelqu'un sur la route et son mari lui répétait incessamment qu'elle n'avait renversé qu'un chien... Pourtant, le synopsis avait l'air bien. La femme sans tête fut surtout le film sans histoire. Il n'empêche que ce genre de films me donne de l'espoir quant au métier de scénariste.
19h. J'enchaîne avec Il resto della notte de Francesco Munzi, présenté à la Quinzaine des réalisateurs, au Palais Stéphanie, situé à côté du Noga Hilton. A l'inverse, j'ai beaucoup aimé ce film. La salle fut apparemment elle aussi assez emballée.
23h passées. Montée des marches. Les vraies, pas celles derrière le Palais du festival ou du passage souterrain pour aller vers la gare. Bizarrement, je n'ai pas trouvé cela franchement extraordinaire. Certains devaient frôler la crise d'apoplexie depuis leur réveil. Quant à moi, je crois que je ne réalisais surtout pas... Nous avons foulé le fameux tapis rouge tel un troupeau... ou telles des brebis égarées, ça marche aussi. Suite à cette montée plus bordélique qu'extrêmement émouvante, nous avons assisté à la projection de Surveillance de Jennyfer Lynch, et accessoirement fille du célèbre David.
Avec le recul, le film était pas mal du tout. Efficace, quoiqu'un peu trop glauque ou malsain à mon goût. Pourtant, je ne suis pas partisane de la moralité dans le cinéma. Mais quelque chose m'a gêné. Un peu trop poussé à l'extrême, surtout la fin. J'ai trouvé que certaines scènes étaient provocantes gratuitement et n'apportaient rien au film. De plus, et à cause de la fatigue, pratiquement tout le monde a somnolé ou s'est endormi : ça n'aide pas franchement à entrer dans l'histoire... Il faudrait que je le revois un jour. De sorte qu'une fois le film fini, je me suis dirigée vers la station des taxis afin de me coucher, (avec toujours une attente atteignant véritablement l'indécence).


Jeudi 22 mai.

Une journée à marquer d'une pierre blanche. Tout simplement inoubliable, même si pas mal de bons moments ont ponctué ce séjour... La rencontre avec Monsieur Quentin Tarantino ! Mais avant de parler sur ce que je considère comme l'instant le plus mémorable de ce festival, commençons par la quatrième rencontre pro de ce séjour. Ce fut Nicolas Dubois, directeur de production et assistant réalisateur sur le film Entre les murs de Laurent Cantet. A mon tour de passer à l'atelier. Avec Sébastien, je fus donc chargée de filmer la rencontre. Pour la première fois de ma vie. Et oui, je n'avais jamais filmé auparavant. Mon baptême se sera fait durant le Festival de Cannes. Pas mal.
Je n'ai pas osé toucher la grosse caméra centrale, avec son manche et ses innombrables boutons. Impressionnante pour une novice en la matière comme moi. Pour une première fois, je me suis donc contentée du simple caméscope, en faisant des captures d'images du public. Et à la fin, je réussissais à "bien" filmer. Baptiste, chargé de nous assister, m'a dit lors du montage que j'avais même mieux filmé que certains le faisant depuis plus longtemps que moi. Ca fait plaisir. Néanmoins, il y avait des captures d'images vraiment nulles. Le montage, fait entre 17h et 19h, fut laborieux. Une partie essentielle mais assez barbante. Ce dernier s'est fait plus tard dans la journée afin que nous puissions assister à la fameuse leçon de ciné de Quentin Tarantino à 14h30.
La surprise fut totale, ce qui a forcément décupler la joie d'y assister. J'ai eu la chance d'être placée au second rang, pile en face du "maître". Une énorme euphorie s'est emparée de la salle lors de son arrivée. Ma tête bouillonnait, on eût dit que cette excitation collective m'avait rendu complètement ivre. Avec le recul, je me dis que je ne m'attendais pas vraiment à ça : cela s'apparentait plus à une rétrospective sur sa carrière qu'à une véritable leçon destinée à ceux qui débutent. Cette leçon cinématographique était donc surtout une expérience partagée au public. Je regrette évidemment qu'on n'ait pas eu la possibilité de lui poser une question. Entreprise impossible, étant donné que tout le monde se serait jeté sur le micro, telle une horde de hyènes affamées... J'ai conscience que nous avons été de foutus privilégiés. Cet homme avait un débit de mots incroyable. Exubérant, volubile, ponctuant chacune de ses phrases par un "fuck". Un personnage digne de ses films.
Une nouvelle soirée passée au Martinez et à attendre désespérement Jude Law se pointer. Retour encore et toujours en taxi. Je les aurais vus, ceux-là.


Vendredi 23 mai.

Avant-dernière rencontre professionnelle. Christophe Rouyer, critique de cinéma pour la revue Positif et l'émission Le cercle sur Canal +. Ce fut très intéressant et suivi d'un échange vivant.
Après, j'ai quitté la Maison des Assoc et foncée à toute allure (pléonasme ?) au Palais des Festivals car un journaliste de France Bleu, Dominique Landron, souhaitait s'entretenir avec moi. L'interview dura trois ou quatre minutes et s'est très bien passée. Ce dernier m'a d'ailleurs confié à la fin de l'entretien que j'avais été selon lui une des "meilleures" dans cet exercice, à l'aise et intelligible. Merci beaucoup pour ces compliments... Il m'a donné sa carte et je lui ai fait part de mes humbles productions stylistiques. Je compte bien lui envoyer quelques uns de mes textes très prochainement.
14h. Je suis allée voir les courts métrages à la Quinzaine des réalisateurs et j'en ai tiré la conclusion (prétentieuse ?) suivante : ça laisse de l'espoir pour ma pomme ainsi que pour celle d'autrui. Certains courts faits par les membres du Prix de la jeunesse étaient même cent fois mieux réussis que la plupart de ce que j'ai pu voir.
Retour à l'hôtel afin de me mettre en tenue de soirée. Robe que je n'aurais jamais autant porté que durant ce séjour. Avec Tanya, fille avec laquelle j'avais sympathisé, nous avons essayé d'assister à la projection de Synecdoche, New York : on eût beau essayer d'amadouer les vigiles, rien n'y fit. Pas d'invit, pas de place.
Nous sommes alors parties sur la Croisette, en direction de notre QG le Martinez, quand nous passâmes alors devant les "before" comme on les appelle, ces fêtes ultra select données sur la plage. Et sans comprendre comment, nous avons alors atterri dans une de ces sauteries où l'hypocrisie et les piques-assiettes ne sont en aucun cas noyés par le martini... gratuit. Je ne raconterai pas les détails mais cette virée nocturne est mémorable tant elle fut du n'importe quoi.


Samedi 24 mai.

Dernière rencontre pro, ou plutôt une conférence, qui s'est déroulée au Palais des festivals, en compagnie de réalisateurs entre autres. Un a d'ailleurs failli faire sortir un de ses confrères de ses gonds. Ne parlant que de lui et n'étant pas vraiment venu pour discuter avec nous, ce dernier a rapidement insupporté et exaspéré tout le monde. J'ai rencontré Eric Guirado, un réalisateur d'une proximité et d'une simplicité rares. Il m'a dit qu'il connaissait bien Pierre Salvadori et certains scénaristes. Certes, je ne suis pas du tout du genre à m'emballer tant qu'il n'y a rien de concret, mais c'est déjà bien d'avoir un contact.
14h30. Projection des courts en compétition officielle. Seulement un ou deux ont attiré mon attention.
16h. Cérémonie du Prix de la Jeunesse, suivie de la projection du film primé. Ce fut Tulpan de Sergeï Dvortsevoy, et j'avoue ne pas avoir compris l'engouement que ce dernier suscita chez certains, notamment les membres du jury jeunes. De belles images et de beaux moments mais long. Beaucoup trop long. J'ai même (encore) fait des microsiestes. Je suis en passe devenir experte en la matière...
Soirée d'adieu à la Maison des Assoc où les derniers courts de certains membres ont été projetés, dont un complètement décalé que j'ai trouvé absolument génial. Mieux que certains en compétition, je vous dis... La soirée s'est après poursuivie au Lux, un bar lounge proche de la Croisette. L'éclate fut totale. Mon cocktail au champagne fut alors renversé sur mes vêtements par un individu aux lunettes rose en forme de coeur. Ce dernier s'est empressé de m'accompagner aux toilettes afin de réparer les dégâts. Echec.
Je regrette cependant que nous n'ayons pas fait la fête tous ensemble. Le nombre de personnes diminuait au fur et à mesure que la soirée avançait... Fin vers 3h15 du matin.


Dimanche 25 mai.

Je suis encore à Cannes, alors que la plupart d'entre nous ne profitera pas de ce dernier jour, départs obligent.
15h15. Projection du film Il divo de Paolo Sorrentino. Tous les films en compétition officielle repassent ce jour-là. J'en profite donc pour le voir. Avec Il resto della notte, c'est le film que j'ai le plus aimé de tout ce festival. Mes coups de coeur auront donc été italiens. Pour Il divo, j'ai adoré la mise en scène efficace, la manière de filmer, l'humour du film en décalage avec le fond de l'histoire. Le ton est donné dès le début : c'est enlevé, rythmé, vif, et on ne s'ennuie pas un seul instant. A la fin du film, je m'en vais faire un tour au stand Nespresso situé dans le Palais des festivals. Un endroit qui va me manquer. Je note cependant qu'il n'y a point de George-Clooney-what-else à l'horizon.
19h30. Cérémonie de clôture, suivie depuis l'appartement loué par mes parents. J'aurais pu la voir depuis la salle Debussy mais je ne voyais pas l'intérêt de me déplacer en tenue de soirée pour la regarder dans une autre salle que celle où elle se déroulait. Je fus ravie pour Il divo, récompensé par le Prix du Jury, d'accord avec le Prix du Scénario remis au Silence de Lorna. Entre les murs obtint la Palme d'Or. Depuis Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat, plus aucun film françait n'eût cette récompense. Je n'ai hélas pas vu le film. Mais je me dis que j'ai participé au filmage du directeur de prod et assistant réalisateur de ce même long métrage quelques jours plus tôt, et que je lui ai posé une question à la fin... Bizarrement, j'en tire une relative fierté. C'est complètement absurde, idiot, je vous l'accorde.
Une fois le dîner terminé, je rejoins Tanya, Amélie, et Andrei qui, eux, ont vu la cérémonie depuis la salle Debussy. Nous allons pour la dernière fois dans notre QG, le fameux Martinez. Plus besoin de présenter son badge. On sent que le festival est bel et bien fini. Dommage, les vigiles commençaient à nous reconnaître. Nous commandons l'ultime coktail. J'essaie d'imprégner dans mon esprit la moindre parcelle de ce décor luxueux qui paradoxalement, a fait partie de mon quotidien pendant une semaine.
1h du matin. Peut-être plus, peut-être moins. Les trois autres sont parties pour passer la nuit dans les fauteuils de l'hôtel. Milla Jovovich fait son entrée. Sa plastique est irréprochable mais les canapés ont l'air plus chaleureux que sa personne. Andrei meurt d'envie de faire une photo à ses côtés. Chose qui se concrétisera. Plus tard, nous voyons une Valérie Lemercier plus imbibée d'alcool qu'un baba au rhum. Fidèle à son image, mademoiselle L. est trucculente. Nous prenons l'ascenseur avec Edouard Baer. Tanya se lance alors dans la tirade du scribe que ce dernier a interprété dans Astérix. Je plaisante sur le fait qu'elle a bu, même si c'est faux. Là, ce cher Edouard se lance dans une réflexion philoso-métaphysique sur les bienfaits et méfaits de l'alcool. Je lui rétorque que ce genre de pensée est bien trop poussée à deux heures du matin.
Pas loin de 3h. Retour au bar du Martinez. Les trois comparses commandent un café viennois afin de tenir. Sentant le sommeil s'emparer de moi, je m'en vais.

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Des adieux qui n'en n'ont pas été. On s'est tout quittés prématurément. Mal, peut-être. Je ne sais pas. On s'aperçoit le soir du samedi 24 qu'on se serait bien entendu avec le mec ou la fille qui avaient été assis à côté de nous pendant une semaine. S'il y a affinités, elles commencent à naître trop tard.
Je crois que du début à la toute fin, je n'ai pas vraiment réalisé où j'étais. J'ai forcément oublier plein de choses, plein d'anecdotes, plein de moments, désormais enfouis dans mon inconscient. Résumer ce séjour en un seul mot ? Impossible. Mais peut-être que le terme qui conviendrait le mieux serait : surréaliste. Nous étions déconnectés de la réalité. Pas le temps de penser. La frénésie du festival nous emporta dans son tourbillon. Tout juste si nous avions le temps de prendre conscience des choses qui nous entouraient.
Apparemment, le retour à la réalité a été dur pour bon nombre d'entre nous. Dans les mails, sur le forum, je constate qu'il a été difficile pour certains de passer de l'euphorie au calme habituel. En ce qui me concerne, je ne sais pas trop. Le retour à la normalité s'est fait en douceur. J'ai vu le post Festival. Le faste qui s'efface, la "magie" s'en aller. Car contrairement aux autres, je suis restée une semaine de plus dans le secteur. Même si je ne restais pas à Cannes dans la journée. J'avais fait une overdose de sa Croisette, promenade que j'avais arpenté (trop) de fois. Mais le soir, je constatais que les marches s'étaient dénudées de son tapis rouge. Ce dernier avait été enroulé et posé par terre. Les lumières multicolores continuaient d'éclairer la Croisette mais ça n'était plus pareil. Il manquait le bruit, la musique assourdissante venant de la plage. La ville était devenue quasi déserte alors qu'il n'y a pas si longtemps, il fallait slalomer pour pouvoir passer. Ca m'a fait bizarre. C'est là que j'ai réalisé ce que j'avais vu, ce que j'avais vécu.
Cannes aura été le lieu de moments formidables et inoubliables. Je pense à certaines rencontres, bien que je sois persuadée que le contact se perdra. Peut-être même qu'il est déjà perdu. Je pense à la montée des marches : improvisée, maladroite, mais mythique. Je pense à mon regard émerveillé devant la scène de course-poursuite du Boulevard de la mort, projetée en géant dans cette salle pleine à craquer, avec Tarantino juste en dessous. Je pense à mes promenades en robe de soirée sur la Croisette en pleine après-midi. Je pense à ce hall du Martinez. Je pense à tout ça. Je veux y revenir l'an prochain. Il le faut.
Et ça se fera.

# Posté le mercredi 16 janvier 2008 16:53

Modifié le jeudi 05 juin 2008 11:52